Quand la Russie parlait français
«Sous Pierre le Grand, lEurope a commencé à nous instruire, sous Anna Ivanovna elle nous a torturés, mais avec le règne dAlexandre est venue lépoque de notre subordination complète
Depuis sa fondation même, Pétersbourg, maillon principal ayant attaché la Russie à lEurope, incarnait la tour de Babel, présentant un mélange terrible de langues, coutumes et costumes», affirmait le mémorialiste russe, réputé, Filip Filipovitch Viguel.(1)
Mais parmi toutes les langues européennes, la préférence, sans aucun doute, allait à la langue française, celle des encyclopédistes à lépoque des Lumières, dont la correspondance était si chère à Catherine la Grande qui se posait comme lune des souveraines dEurope les plus instruites.
Cest justement avec cette impératrice que la maîtrise parfaite du français est devenue lune des conditions sine qua non de léducation mondaine, sorte de signe distinctif des membres de la noblesse, de «clé» ouvrant laccès à la haute société. Il est significatif que «les pages de lépoque de Catherine», recevant en général une formation bien superficielle, «quand on les préparait à la carrière dofficier de la garde ou bien de gentilhomme de la cour
étaient instruits avec un soin tout particulier»(2), notamment en français .
Cest ainsi que, vers la fin du XVIIe siècle, pour la haute société de Saint-Pétersbourg, qui maîtrisait parfaitement la langue de Voltaire et de Diderot, parler en français était plus naturel que parler en russe, la langue maternelle. Malgré de nombreuses interdictions liées au rejet de la révolution française, lempereur Paul Ier lui-même communiquait presque exclusivement en français. Une grande partie de ses officiers, principalement ceux qui avaient été récemment promus, ne comprenaient pas leur empereur, ce qui provoquait parfois de lincompréhension, source danecdotes, mais aussi des malentendus un peu surprenants. Ainsi, le comte E. F. Komarovski relate que lors de la présentation du major général Safonov, qui ne connaissait aucune langue étrangère, Paul Ier a annoncé, lair menaçant : «Aussitôt pris, aussitôt pendu.» Safonov, à qui la phrase fut traduite mot à mot, manqua de sévanouir quand Komarovski parvint à lui expliquer que ce proverbe français signifiait quune nouvelle fonction lui avait probablement déjà été attribuée : le lendemain, Safonov était nommé à la tête du régiment de grenadiers de Saint-Pétersbourg.(3)
Et même dans des moments tragiques, alors que des comploteurs faisaient irruption dans sa chambre à coucher, lépée à la main, Paul Ier, fidèle à son éducation, sadressa, à lun deux, Zoubov, en français : «Que faites-vous, Platon Alexandrovitch ?»(4)
Rien détonnant donc à ce que la connaissance de la langue française, la lecture «dans le texte», la fréquentation de la «scène française», où lon bénéficiait de la pure prononciation parisienne, aient suscité un intérêt profond pour tous les aspects de la vie de ce pays, qui depuis Pierre le Grand avait assis sa réputation darbitre des goûts européens.
Bien sûr, cela concernait avant tout la mode, que les aristocrates russes suivaient avec autant de soin que les grandes dames françaises. Et, les nouvelles façons de shabiller amenaient une nouvelle terminologie, que les élégantes pratiquaient bien volontiers. Quand la célèbre portraitiste française Élisabeth Vigée-Lebrun, venue en 1795 à Pétersbourg, parut pour la première fois en société, vêtue dune splendide toilette parisienne, elle constata que les robes à lantique y étaient déjà portées, et la première Psyché quelle vit nétait autre que la grande-princesse Élisabeth.
Au début du règne dAlexandre Ier, qui était revenu sur de nombreuses restrictions ordonnées par son père, les costumes empruntés sur les bords de la mer Égée et du Tibre étaient, selon lattentif Viguel, «renouvelés sur la Seine et copiés sur la Neva. Sil ny avait pas duniformes et de fracs, on pouvait observer les assemblées comme lon regarde les bas-reliefs antiques et les vases étrusques
les toilettes des dames et des jeunes filles étaient si simples, claires et fraîches ; les cheveux coiffés dun diadème embellissaient si bien leurs jeunes visages. Ne craignant pas la rigueur de lhiver, elles portaient des robes à demi transparentes, qui soulignaient si nettement leurs tailles sveltes et mettaient si bien en valeur leurs ravissantes silhouettes
À des prix fous, on se procurait des pierres sculptées, on les enchâssait dans lor et les plaçait dans des bracelets et des colliers. Et cela faisait beaucoup plus antique.»(5)
Lorsque la mode exigea, pour obtenir un bel effet, que soit humidifié le fin tissu des robes sans même se soucier du sévère climat russe -, les larges écharpes et châles de laine gagnèrent en popularité. Les fillettes dès leur enfance apprirent lart de sen draper, et aussi à danser avec (la danse «pas-de-châle» fit son apparition). Si, à la fin du XVIIIe siècle, ces accessoires chauds et doux provenaient essentiellement de létranger, apportant leurs fins dessins multicolores dOrient, dès le XIXe siècle, leur production débutait en France comme en Russie. En France, en 1805, sous le patronage de Joséphine, lépouse de Napoléon, Ternaux ouvrait la première manufacture de châles, dont la qualité fut rapidement réputée.
En Russie, les meilleurs châles et écharpes étaient réalisés par les artisanes serves dans les ateliers des domaines des familles nobles Merline, Kolokoltsev, Yéliséev, Yénikéev, avec le poil soyeux des chèvres saïga, de Kirghizie ou angora. Les produits russes se caractérisaient par une finition minutieuse de lextrémité des fils, ce qui autorisait la confection dune étoffe réversible, belle sur lendroit comme sur lenvers. Le long travail que nécessitait ce procédé ne permettait de produire, même dans les plus grandes manufactures, employant jusquà cinquante tisserandes, que seize châles et cinq foulards par an.(6) Cela explique le coût très élevé des plus jolies pièces : «Me marier ! Facile à dire la majorité des gens voit dans le mariage des châles loués, un nouveau carrosse et une robe de chambre rose», constatait Pouchkine dans une note autobiographique, en français.(7)
Les écharpes et les châles élégants demeurèrent à la mode en Russie jusquaux années 1830, bien que la coupe et la silhouette des robes aient évolué. Vers le milieu des années 1810, les robes devinrent, si lon en croit une contemporaine, «étroites comme un flûteau et courtes, on voit tout le pied, pour cela on avait des souliers en soie de la couleur de chaque robe, et à la taille si haute que la ceinture passait presque sous les aisselles. Comme coiffe, on portait des toques et des bérets
avec tout un tas de plumes et de fleurs entremêlées de blondes
». Et le plus étrange reste «les chapeaux dits Kibick».(8) Cest exactement ainsi quest vêtue la jeune fille de la gravure de Philibert Louis Debucourt (daprès un dessin de Carle Vernet de 1814) intitulée Adieux dun officier russe à une Parisienne (cat. 183) ; les citadines de Carle Joachim Beggrow, auteur de paysages de Saint-Pétersbourg et de ses environs de lépoque dite dAlexandre, portent des tenues semblables.
Cest ainsi que, ayant visité la France, parlant correctement le français et shabillant à la parisienne, les nobles russes et leurs épouses se sont sentis en terrain familier. Le spécialiste français Bernard Chevalier, dans un ouvrage traitant de lépoque de Joséphine, cite en exemple les paroles de Mme Divova, qui écrivait : «Paris, Paris, après tavoir vu, je ne métonne plus que les Françaises ne voyagent jamais par goût : où pourraient-elles trouver une ville qui te ressemble ? Malheur à celui qui, habitué à tes plaisirs, se voit forcé de te quitter et qui, hélas, na point lespoir dy revenir !»(9)
Mais ceux des Russes qui avaient la possibilité de se rendre souvent à Paris et dy passer assez de temps ne pouvaient pas ignorer les changements liés à larrivée au pouvoir de Napoléon Bonaparte. «
Jai remarqué une grande différence entre Paris avant la Révolution et Paris sous lEmpire, écrivait le comte Komarovski. Avant, on ny voyait presque pas duniformes militaires, et maintenant au contraire, jen ai vu autant quil y en a dans un campement darmée.»(10) Ayant eu lhonneur dêtre invité à la résidence de Napoléon le palais des Tuileries il affirmait que rien ne pouvait avoir daspect «aussi solennel et en même temps guerrier» que «les grenadiers de la garde impériale, postés sur presque chaque degré de lescalier du palais, coiffés de leurs chapeaux dours et tenant leurs fusils», couverts du sang ennemi de nombreux pays. Il est intéressant de savoir que, en 1827, au palais dHiver de Saint-Pétersbourg fut également créé une unité particulière de la garde une compagnie de grenadiers du palais, coiffés eux aussi de hauts bonnets en fourrure dours. Il était composé de vétérans de la campagne 1812
Komarovski, toujours, notait parfaitement lesthétique et léclat des uniformes, la richesse des toilettes de dame, la pompe des cérémonies solennelles établies par cet Empereur fraîchement sacré. Mais, se rappelant les membres de la «famille impériale russe», il appréciait pleinement «la finesse et la délicatesse de leur attitude envers leurs courtisans» comparés à «ceux nouveaux venus».(11)
Lenvironnement luxueux déployé autour de Napoléon grâce leffort et à lart de dizaines darchitectes et de maîtres décorateurs, savants, appelés à souligner le prestige du pouvoir impérial, ne pouvait pas ne pas impressionner les autres souverains.
Après avoir été officiellement «oubliés», les arts français redevinrent sous Alexandre Ier une source dinspiration essentielle. Les liens artistiques, rompus par Paul Ier, se renforçaient, encore plus solides et évidents : les maîtres parisiens, qui possédaient le vocabulaire imagé du style premier Empire, trouvaient en Russie non seulement un écho spirituel favorable, mais aussi des clients généreux. Et lart darchitectes tels quAndreï N. Voronikhine, Andrejan D. Zakharov et Thomas de Tomon, magnifiquement représenté dans les monuments décoratifs, était empreint sans doute des modèles français.
Néanmoins, si, en France, le style Empire était lémanation du pouvoir napoléonien, qui singérait dans la création artistique, constituant ainsi une menace pour lexpression émotionnelle ; en Russie, les riches images de la culture nationale puisaient également à dautres sources. Les Russes considérèrent dun œil favorable lavènement dun nouveau souverain en 1801, et, vers 1810, la cohésion de toutes les catégories de la population autour dAlexandre Ier devenait le lien nécessaire à la victoire dans la guerre qui menaçait. Doù le contenu optimiste et vivifiant que lon ressent dans toutes les œuvres de cette époque, enrichi dune forte note patriotique et héroïque.
Et si au style officiel du Saint-Pétersbourg la présence de la cour communiquait un caractère strict et raffiné, à Moscou, qui menait une vie non mondaine, les choix artistiques étaient faits de manière plus libérale. «Cette ville est inconnue de lEurope, écrivait Stendhal à propos de Moscou. Elle possède de six à huit centaines de palais, dont pas un seul nexiste à Paris. Là-bas, tout est prévu pour la jouissance la plus pure. Il y a le faux marbre et les couleurs les plus fraîches, le mobilier anglais le plus joli, les miroirs les plus élégants, les lits adorables, les divans des formes les plus savantes. Il ny avait pas une seule pièce où lon ne pouvait pas sinstaller de quatre ou cinq manières différentes, mais toujours bien calé, bien adossé, le plein confort complété de lélégance la plus brillante.»(12) Ce célèbre Français a visité Moscou quelques mois avant que les troupes de Napoléon ny entrent, et que la vieille capitale ne soit dévorée par les incendies
Ce drame toucha chaque Russe droit au cœur.
Pour la première fois de leur vie probablement, de nombreuses dames, tant dans la capitale que dans les provinces reculées, «ont rejeté la langue française
ont porté les sarafanes et les kokochniks [robes et coiffes] et les bandeaux
»(13) ; les images des jeunes filles en costume traditionnel, à lallure noble de déesses antiques, devenaient lune des plus poétiques de lart russe.
Quelque temps après apparaissaient en série des œuvres représentant des héros de 1812, des scènes de bataille, exprimées parfois, tels les bas-reliefs de Fedor Tolstoï, dans le langage abstrait et élevé de lAntiquité. Parmi les œuvres de lart décoratif et appliqué sétaient répandus les attributs militaires aigle bicéphale, couronne de lauriers, casque, faisceau de licteur, pique, écu, etc.
Après le retrait des troupes napoléoniennes de Russie, en 1813 déjà se mettait en place une «commission spéciale de reconstruction de la ville de Moscou», dont la tâche consistait à organiser et à planifier les travaux, et qui exista jusquen 1842. À cette époque, lorsque lon aménageait un nouvel appartement, le cadeau le plus apprécié était le mobilier, en acajou de préférence, dans un style Empire harmonieux, et notamment les meubles de «chez Gambs», un artisan pétersbourgeois réputé, élève de David Roentgen fournisseur de toutes les maisons royales européennes. Mais, dans les pièces de Gambs, confectionnées avec une minutie germanique poussée à lextrême, on percevait toujours la fine main de lécole française car Roentgen, lui-même, avait travaillé à Paris plusieurs années.
En 1816, sur lordre dAlexandre Ier, qui souhaitait donner à la capitale de lempire ayant vaincu Napoléon une grandeur véritablement impériale, fut créé un comité pour le développement de limmobilier et des travaux hydrauliques. Les meilleurs architectes de Saint-Pétersbourg y prirent part : Carl I. Rossi, Vassili Stassov, Andreï A. Mikhaïlov, les deux premiers ayant pu maîtriser le classicisme à travers ses plus beaux exemples européens, lors de longs séjours en France et en Italie. Loukaze constituant le comité indiquait la nécessité de prendre en considération «la régularité, la beauté et laspect de chaque immeuble conformément à lensemble de la ville».(14) Cest précisément à cette époque que lactivité architecturale, surtout dans le quotidien pétersbourgeois, atteignit son apogée la construction densemble, et ce, dans un style unique, celui du premier Empire. Ce style même qui séteignait doucement en France sous Louis XVIII était, à linverse, dans la Russie de la fin des années 1810, au sommet de son évolution, triomphant et solennel.
Une unité harmonieuse impressionnante dans la conception des places, des rues et des maisons et de leur décor intérieur se manifestait dans les créations de Carl Rossi, dont lénergie inépuisable étonnait ses contemporains. Édifiant les résidences impériales et les bâtiments publics, il savait communiquer aux formes du style Empire une dimension inconnue jusqualors. Connaissant bien les créations des maîtres français et copiant parfois assez nettement les partis quils avaient pris, Rossi était guidé toutefois par le goût de ses commanditaires, les aptitudes des exécutants locaux et les particularités du climat et de la vie russes.
La riche fantaisie de larchitecte lui soufflait des idées toujours nouvelles ; les plus brillantes dentre elles, comme cela se produit souvent en architecture, concrétisées par des équipes expérimentées, étaient interprétées et enrichies de motifs originaux dans leur forme même.
Autour de chaque architecte important se réunissaient maîtres décorateurs, charpentiers, bronziers et spécialistes en mobilier. Imprégnés didées communes, ils étaient prêts à exécuter les conceptions les plus audacieuses. La réalisation de ces projets devenait possible grâce à lessor que connaissaient de nombreuses manufactures la manufacture impériale de tapisserie, la verrerie et la porcelainerie impériales, la taillerie de pierres de Peterhof -, ainsi quaux nombreux fabricants de meubles et de bronzes. En fait chaque entreprise comptait des artisans français, qui y trouvaient un bon salaire mais aussi la possibilité dexprimer leur créativité.
Un apport remarquable des Français a permis la résolution de tâches dingénierie et durbanisme. Deux dentre eux, Augustin Bétancourt (un Espagnol dorigine française) et Pierre Basin, ont pratiquement dirigé tous les travaux au sein du comité fondé en 1816. De plus, Augustin Bétancourt fut le premier directeur, de 1809 à 1824, de lécole dingénieurs spécialisés en voies de communication, quil avait lui-même fondée, il y fut remplacé par Pierre Basin, en 1824. Tous deux ont participé activement à la mise en place des ponts, chaussées, canaux et autres constructions pétersbourgeoises, devenues indissociables de son paysage urbain. Et leur méconnaissance totale de la langue russe ne les a pas empêchés de mener à bien ces travaux, qui exigeaient de gros efforts collectifs. Ils ne se sentaient pas étrangers, ni dans le milieu mondain, où tous parlaient leur langue maternelle, ni certainement dans le milieu des fonctionnaires, depuis toujours attiré par tout ce qui venait dEurope.
En 1816, et grâce à Bétancourt surtout, sinstallait à Saint-Pétersbourg un autre Français, Auguste Ricard de Montferrand. En 1806, il fut admis à lAcadémie royale darchitecture de Paris. Mais ses études étaient souvent interrompues par les guerres successives, auxquelles Montferrand prenait une part active ; après la bataille dArno, il fut décoré de lordre de la Légion dhonneur. Mais la carrière de cet architecte décorateur de talent débutait lors des dernières années de lépoque de Napoléon, quand la construction monumentale était pratiquement délaissée.
Ses talents purent sépanouir pleinement à Pétersbourg, où il travailla une quarantaine dannées. Larchitecte consacra presque tout ce temps, de 1817 à 1856, à lœuvre de sa vie, la cathédrale Saint-Isaac. «Sire a demandé dans un entretien à Bétancourt de confier à quelquun létablissement du projet de la reconstruction de Saint-Isaac», écrivait Viguel, alors secrétaire interprète du comité. La tâche a été confiée à Montferrand, qui «a établi dun coup vingt-quatre projets, ou plutôt dessiné vingt-quatre miniatures bellissimes et en a fait un joli album relié. On y trouvait de tout : du style chinois, indien, gothique, byzantin et celui de la Renaissance et naturellement de larchitecture purement grecque
»(15) Ayant étudié cet album, qui démontrait si bien la connaissance de Montferrand concernant toutes les dernières tendances des arts, Alexandre Ier, fidèle adepte de la simplicité et de la grandeur, choisit le projet classique. Et la cathédrale Saint-Isaac, une fois achevée, semblait à ses contemporains lune des dernières créations monumentales du style premier Empire tardif.
Parmi les nombreux maîtres français établis dans la capitale russe en quête dune situation nouvelle, Montferrand reste le plus chanceux, mais y œuvraient aussi des Allemands, des Anglais, des Italiens, des Suédois, des Suisses, des Danois
Et grâce à leurs activités conjointes, enrichissant la culture nationale, la Russie a su éviter le plagiat primaire : aux prototypes parisiens sajoutait presque toujours une interprétation neuve. En quelque sorte, les références françaises prenaient souvent un accent russe, entre autres en province.
Vers la fin du règne dAlexandre Ier, à Pétersbourg une véritable décoration des intérieurs vit le jour, perçue par les étrangers comme un «style russe» de vie. Ainsi, Cornélie de Wassenaer, issue de la famille hollandaise des Orange-Nassau, dans ses carnets racontant son séjour auprès de la cour russe, rapportait que, le 21 mars 1825, elle avait été reçue par la grande-princesse Alexandrine «dans un petit salon charmant aménagé dans le style russe».(16) Il ne sagit pas ici dune définition concrète du style de lépoque de lhistorisme (qui nexistait pas encore), mais dune description du mode de vie élégant, brillant et raffiné, caractérisé par les objets du «style Empire dAlexandre».
Natalia Gousséva
(1) Вигель Ф. Ф. Записки. М., 1891. Ч. 2. С. 31.
(2) Карнович Е. П. Замечательные и загадочные личности XVIII и XIX столетий. СПб., 1884. С. 443.
(3) Записки графа Е. Ф. Комаровского. М., 1990. С. 6263.
(4) Шиман Б. Смерть Павла Перваго. Издание Московскаго К-скаго Т-ва «Образование». Б. г. С. 134.
(5) Вигель Ф. Ф. Указ. соч. С. 3839.
(6) Моисеенко Е. Ю. Шарфы и шали русской работы первой половины XIX века. Л., 1981. С. 7.
(7) «Участь моя решена. Я женюсь
» // Пушкин А. С. Сочинения: В 3 т. М., 1986. Т. 3. С. 342.
(8) Благово Д. Рассказы бабушки. Л., 1989. С. 288.
(9) «Paris, Paris, apres davoir vu, je ne metonne plus que les francaises ne voyagent jamais par gout: ou pourraient-elles trouver une ville qui te ressemble? Malheur a celui qui, habitue a tes plaisirs, se voit force de te quitter et qui, helas, na point lespoir dy revenir!» Bernard Chevallier Flammarion. Lart vivre au temps de Josephine. Paris, 1998, p. 7.
(10) Записки графа Е. Ф. Комаровского. С. 99100.
(11) Там же. С. 101.
(12) Stendhal. Lettres intimes. Paris, 1892, p. 315. Цитируется по: Соколова Т. М., Орлова К. А. Глазами современников. Л., 1982. С. 59.
(13) Вигель Ф. Ф. Указ. соч. Ч. 4. С. 66.
(14) Зодчие Санкт-Петербурга XIX начала ХХ века. СПб., 1998. С. 160.
(15) Вигель Ф. Ф. Указ. соч. Ч. 5. С. 31. (16) Wassenaer Cornelie de. A visit to St. Petersburg. 18241825. Great Britain, 1994, p. 96.
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